Interview d’écrivaine : Dominique Theurz

Dominique Theurz, ça ne vous dit rien ? Mais si, l’auteur de Don de soi(e), suivi de Méprise. Une petite merveille livresque ! Toujours rien ? Alors je lui laisse la parole pour se présenter (elle le fait si bien ❤ ) :
« À quelques chatouillements ont succédé des démangeaisons persistantes : les mots grattaient au bout de ses doigts. Dominique Theurz savait les antihistaminiques inefficaces. Elle a testé une première nouvelle, un premier texte court. Aucun doute quant à l’effet désirable. Elle a alors inscrit l’écriture à son emploi du temps. Ses histoires, à l’étroit dans leur dossier, ont tenté l’aventure des appels à textes. Certaines peuvent désormais voyager, pomponnées, jusqu’à vous. »

  • Nouvelliste accomplie, si si, pourquoi préférez-vous écrire dans ce format plutôt que de façon plus longue ? Et surtout, arrivez-vous à trouver votre public ?

La nouvelle est un format que j’affectionne en tant que lectrice. Je promène toujours un recueil de nouvelles ou de textes courts dans mon sac à main.
Quand l’écriture me titille, elle livre, en général, une nouvelle. A ce jour, je n’ai pas souhaité la contrarier.
Don de soi(e) suivie de Méprise est mon premier titre publié, hors recueil collectif. Mon public et moi sommes donc en phase de découverte.

  • Écrivaine à la plume décapante, comment l’avez-vous forgé ce style ?

Dès la bride lâchée, un ton doux-amer a imprégné mes textes. Pour autant, je n’ai pas d’emblée perçu mon style comme incisif. Mais j’avoue que le qualificatif me ravit. « Plume décapante » me plaît beaucoup.

  • Vous êtes l’auteur de Don de soi(e), suivie de Méprise, deux superbes textes, où l’humour est au centre des récits, pourquoi ce choix ? Est-ce à votre image ?

Dans le quotidien, je manie peu l’humour. Je pense l’avoir stocké pour le réserver à mes lecteurs. Il s’est imposé spontanément durant l’écriture de ces deux textes.

  • Entre nous, qu’est-ce que ça fait de se mettre dans la peau d’un animal ?

Une très plaisante distanciation.

  • Au sujet de Don de soi(e), comment vous est venue l’idée du titre à double sens ? Comment trouvez-vous vos titres, en général ?

Le titre « Don de soi » n’a guère eu de concurrent vu les efforts déployés par le personnage principal. Mais le fil de soie revendiquait son rôle crucial. Pour contenter tout ce petit monde, j’ai opté pour le (e).
Pour choisir mes titres, j’en essaye jusqu’à trouver celui dont la sonorité me convainc. Cela peut prendre dix minutes comme dix jours. Mais là encore, je les veux courts.

  • Votre superbe plume convient parfaitement aux textes humoristiques, mais écrivez-vous dans d’autres registres ? Lesquels ? Avez-vous des projets en cours ?

Mes textes combinent tous humour et drame. Mais les dosages diffèrent beaucoup et me permettent donc d’exploiter un panel d’émotions assez large.
Concernant mes projets : un recueil de nouvelles paraîtra courant 2018 aux Editions Alter Real. Les dernières retouches sont en cours.

  • Vous qui avez baigné dans la lecture toute votre enfance, quels sont les ouvrages qui vous ont le plus marqué dans votre jeunesse ? Et aujourd’hui, une nouvelle à nous recommander ?

J’ai effectivement grandi au milieu des livres mais sans jamais pouvoir rivaliser d’assiduité avec les autres lecteurs de la maison.
Les malheurs de Sophie de la Comtesse de Ségur, Mon amie Flicka de Marie O’Hara, Contes de la Bécasse de Guy de Maupassant, et Malataverne de Bernard Clavel ont répondu au fouille-mémoire de mes lectures d’enfance.

Je n’ai pas une mais trois nouvelles à vous recommander :
– Démolition, in Dernier avis avant démolition, Fabien Maréchal
– Cendres de Marbella, Hervé Mestron
-La chasse au tigre, Geny Montel
Et tant d’autres…

  • Pour terminer, une petite histoire à nous raconter ?

En ce jour de juillet, je joue quinze années d’amitié. Malgré la pression, je fais taire le réveil et serre un peu plus fort l’oreiller. J’ouvre un œil. Déjà vingt minutes de retard sur le programme arrêté la veille. Je m’apprête, la boule au ventre. Huit fois j’ai juré d’assurer avant que mon ami d’enfance ne me choisisse officiellement comme témoin de son mariage. J’ai promis de trépigner devant la mairie une demi-heure avant le début de la cérémonie. Fébrile, je sonne chez ma voisine. J’insiste. J’hallucine : elle a zappé notre rendez-vous nœud de cravate. Écœuré par ce manquement à la parole donnée, je retourne dans ma salle de bain et perds dix minutes supplémentaires pour un piètre résultat, un nœud de cravate des plus affligeants. Enfin, je sors de l’immeuble et m’engage dans la rue menant au boulevard des Genêts. Malgré un sprint final mémorable, le bus déboîte puis accélère sans m’avoir chargé. Je continue de courir, slalomant entre les passants rechignant à se serrer sur leur droite. À imaginer la détresse, mêlée de rage, qui envahit mon ami, je trébuche et manque de m’étaler sur le trottoir accidenté. Je compte profiter de mon imminente proximité avec l’adjoint au maire, chargé de la célébration du mariage, pour lui pointer ses manquements en matière d’entretien de la voirie et dénoncer une politique des transports en commun responsable de mes retards récurrents. J’allonge une dernière fois ma foulée. 10h02, je me présente, dégoulinant de sueur, devant la salle des mariages. La porte est déjà fermée. Je peste :
– Quel samedi pourri !
Un employé, rejoignant son bureau, rectifie :
– Nous sommes vendredi, Monsieur.


Si j’étais un animal ?
Une sauterelle-feuille. Elle intrigue à souhait.

Si j’étais un roman classique ?
Vipère au poing d’Hervé Bazin

Si j’étais une caricature ?
La mienne (Pour les vertus de l’autodérision)

Si j’étais un métier ?
Sculpteur tous matériaux.

Si j’étais une odeur ?
L’odeur du café.

Si j’étais une pierre précieuse ?
Le galet. Si, si, il est précieux.

Si j’étais la femme idéale ?
Elle existe ?

Si j’étais une comédie ?
La comédie humaine

Si j’étais un prix Nobel ?
Celui qui est manquant

Si j’étais mon écrivain préféré ?
Amélie Nothomb. J’ai particulièrement apprécié Les Catilinaires et Cosmétique de l’ennemi.

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