Lauréat du concours de nouvelles : découvrez L’implacable d’Alexandre Sassier

Voilà une nouvelle qui devrait ravir les lecteurs qui me demandaient s’il serait possible de découvrir les textes lauréats. Eh bien, voilà, Alexandre Sassier, l’auteur qui remporte la deuxième place du concours, accepte de proposer son texte en lecture libre sur le blog. Que diriez-vous donc de lire « L’implacable » ?


Cela faisait bien une dizaine de jours que le chevalier du Dragon d’Or Arthom et sa fidèle écuyère Savina avaient quittés la ville d’Eden, après l’attaque sauvage des terribles Ulurs. En fuite, ils s’étaient résignés à abandonner leurs positions militaires, devant la barbarie des assaillants. Considérés par leurs semblables comme des déserteurs, des repus de la société, ils n’avaient désormais plus de camp, plus d’alliés. Ils étaient seuls, contre tous.
Nommé Chevalier du Dragon d’Or il y a trente ans de cela, Arthom Pan de Fer était un guerrier qui avait connu plus d’un combat. Ses plus grands exploits étaient contés par des ménestrels aux quatre coins du continent. A l’Académie Militaire, on l’appelait l’elder, le sage. Il était un exemple en la matière, la fine fleur des champs de batailles.
C’était peut-être cette réputation qui avait poussé la jeune Savina, âgée d’à peine quinze ans, à s’engager comme écuyère auprès de lui. D’origine paysanne, elle avait fui sa famille pour la capitale, là où elle avait pour la première fois entendue les exploits d’Arthom Pan de Fer. Immédiatement conquise, elle s’était donné corps et âme à lui. Et il avait accepté.
À une condition.

– Tu porteras Croc de Vouivre encore une journée, Savina. Mon épaule me fait souffrir et je n’en ai vraiment pas la force pour l’instant.
– Bien compris, sire.
– Et que cela reste dans les règles que nous nous sommes fixés. Si jamais des ennemis venaient à se dresser sur notre chemin, tu ne touches pas à l’épée. Tu me la donnes. C’est à moi de te défendre, je suis chevalier du Dragon d’Or.

Les règles étaient donc simples : Savina pouvait voyager avec le chevalier mais en aucun cas elle ne devait utiliser son épée. C’était direct, clair.
Les choses étant ce qu’elles étaient maintenant, la jeune écuyère devait se conformer à ce commandement suprême. Même si les terribles Ulurs les pourchassaient. Même si la milice de la Cour Martiale cherchait à tous prix à se débarrasser de ces déserteurs. Même si l’état de son mentor commençait à se dégrader terriblement, sa blessure s’aggravant au fur et à mesure des jours.

– Nous allons établir un campement ici. Tu te chargeras de faire un feu, pendant que je m’occuperais de monter la garde. Il ne faut pas qu’on reste longtemps ici, j’ai un mauvais pressentiment.

Ne disant rien, Savina s’exécuta. Habile, déterminée et sans peurs, elle alluma un véritable brasier en quelques secondes. Accroupie près du feu, les mains tendues, elle fixait les flammes d’un air pensif.
Arthom, entre deux patrouilles, s’arrêta pour l’admirer. Comme elle avait grandie ! L’ayant connue frêle et pleine d’illusions, il la voyait maintenant forte, déterminée, d’une bravoure sans égales. Depuis leur fuite de la ville d’Eden, jamais elle n’avait démontré de signe de faiblesse. Elle aussi blessée, au mollet, par un coup d’épée ennemie, l’écuyère ne s’était jamais plainte. Ce qui n’avait pas été le cas du chevalier.

– Savina, qu’est-ce que tu penses de moi ?

La jeune fille releva la tête, presque choquée par la question. Se passant la main dans ses longs cheveux bruns d’un air absent, son regard se porta de nouveau sur les flammes folles.

– Vous êtes un grand guerrier. Le meilleur de tous. Un exemple pour les générations à venir, et celles qui suivront ensuite.

Pas convaincu par la réponse de son alliée, Arthom ricana. Savina ne l’avait encore jamais vu ainsi. D’habitude toujours sérieux, il ne laissait jamais transparaître ses émotions, de quelles natures qu’elles soient.

– Un grand guerrier n’aurait jamais ordonné que l’on prenne la fuite devant l’ennemi. Jamais. Il aurait préféré se battre jusqu’à la mort. Il aurait préféré tomber pour sa ville, son peuple, plutôt que d’avoir tout laissé derrière. En faisant cela, j’ai à la fois ruiné mon honneur et la réputation de mon épée, Croc de Vouivre. Et la tienne, expliqua le chevalier.
– Je n’avais aucune réputation, aucune existence, jusqu’à ce que vous me preniez sous votre aile, sire Arthom. J’ai été une paria, une laissée pour compte, et à vos côtés j’ai enfin l’impression d’avoir une existence. Alors si vous pensez m’avoir atteint, blessé, pensez à autre chose.

Là, ce fut convaincant pour le chevalier du Dragon d’Or. N’osant rien redire, il se contenta de s’asseoir près du feu, à l’écart, et d’ôter ses épaulières. L’une d’elles, tâchée d’un sang frais, attira la pitié de Savina. Ayant eu une formation sommaire de soigneuse à l’Académie, son réflexe premier fut de regarder de plus près la blessure. Et l’état de cette dernière ne l’enchanta guère.

– Sire, votre écorchure n’a pas bonne mine. Laissez-moi essayer d’améliorer la situation, proposa l’écuyère.
– Ce n’est pas la peine de t’en faire pour ça, tout va bien, mentit Arthom. Je suis même en train de récupérer plus vite que prévu.

Ne souhaitant rien dire de plus, la jeune femme resta silencieuse tout au long de la soirée.
Le lendemain matin, les deux compagnons d’infortune se levèrent d’une traite, sur le pied-de-guerre. Un bruit étrange avait coupé court à leur sommeil.
Les Ulurs… créatures humanoïdes, croisement parfait entre un sanglier et une goule, ils sortaient tout droit des anciennes mines d’Arraencar, endroit réputé pour engendrer les pires créatures sur Terre. Avides de sang, c’était eux qui avaient attaqué la ville d’Eden, l’ayant mise à sac avec une barbarie sans équivalents.
Un groupe de quatre éclaireurs se tenait en ce moment-même devant nos héros. Armés jusqu’aux dents, ils semblaient extenués, fatigués d’avoir traqué. En regardant un à un ces deux humains imprudents, chacune de ces créatures se lécha les babines. Enfin, un repas digne de ce nom.

– Savina, apporte-moi Croc de Vouivre, vite ! hurla Arthom.

Lui obéissant, l’écuyère s’élança sur l’arme et la lui donna à une vitesse si effarante que cela surprit leurs assaillants. Pour un temps seulement. Sortant leurs dagues, les Ulurs lancèrent leurs habituels grognements porcins, ceux qui précédaient habituellement les massacres. Faisant tournoyer son épée, Arthom leur répondit en leur criant la devise des chevaliers du Dragon d’Or :

En rien nous tomberons, en rien nous faillirons !

Les Ulurs ne parurent pas impressionnés. Pire, cela les irrita. Massivement. En voyant la blessure profonde du chevalier, ils se mirent à ricaner, de plus en plus fort. Un adversaire aussi mal en point n’allait guère les impressionner.
Savina, sans armes, resta en arrière. Visualisant ce qui l’entourait, elle était prête à s’emparer de la première chose qui lui venait sous la main pour se défendre. Son attention se porta, après quelques secondes de recherche, sur une pierre à l’angle pointu qu’elle avait ramené la veille pour constituer le feu de camp. Maintenant, il ne lui restait plus qu’à savoir comment et quand agir.
Les dagues des Ulurs s’enflammèrent à l’incantation de formules mystiques. Leurs yeux, attisés par les flammes et le carnage en devenir, rougirent de plaisir. Devant cela, Arthom se concentra sur le manche de son épée et celle-ci se mit à s’illuminer d’une lumière verte pâle. Le combat pouvait commencer.
Conscient qu’il venait d’utiliser ses dernières forces pour enchanter sa lame, Arthom sut que l’escarmouche ne devait pas s’éterniser. Son épaule le faisant énormément souffrir, il n’arrivait pas concentrer l’essentiel de ses forces dans ses mouvements.
Savina en avait conscience. Frais et dispo, prête à lutter, elle devait cependant se conformer à la promesse qui la liait elle et le chevalier : jamais elle ne devrait prendre son épée, jamais elle ne devrait prendre sa défense.
Le premier Ulurs qui se jeta sur le chevalier fut désarmé en une seule parade. Sa dague, ayant perdue toute flamme, alla voler loin derrière lui. Profitant de cet avantage tactique, Arthom le frappa de toutes ses forces à l’abdomen. Le coup fut si fort qu’il désintégra littéralement l’Ulurs en deux.
Il en restait maintenant trois. Ayant usé de la quasi-totalité de ses dernières forces, le chevalier du Dragon d’Or se prépara au pire. Se focalisant sur les mouvements de ses ennemis, il parut soudainement déboussolé quand les trois monstres se jetèrent sur lui, avec rage.
Tentant tant bien que mal de résister face aux assauts répétés de ses adversaires, Arthom adopta une posture défensive constante. Ne pouvant agir autrement, il se contenta de parer et de repousser les attaques des Ulurs.
L’écuyère suivit le combat de près. Son cœur battait fort dans sa poitrine, ses bras tremblaient… mais la colère commençait peu à peu à s’emparer d’elle. Voyant son mentor en difficulté, reculer devant l’ennemi, s’affaisser à chaque coup porté, elle voulait absolument agir.
Ce fut quand, après qu’une estocade ait lacéré le dos du chevalier et l’ait envoyé au tapis, que Savina se décida à entrer dans la mêlée.
S’emparant de sa pierre, elle la jeta au visage d’un des Ulurs, qui était prêt à porter le coup fatal sur Arthom.
Les trois se tournèrent vers elle. Délaissant leur proie du moment, désarmée et sans défense, ils regardèrent tous en chœur cette pauvre jeune fille frêle. Ne la considérant pas comme une menace, ils s’avancèrent doucement vers elle, celui qu’elle avait atteint en tête de file.
Arthom, hors-combat, assista impuissant à ce spectacle terrible.
S’il ne pouvait agir pour la défendre ici et maintenant, il lui restait une unique possibilité. Puisant dans sa force vitale, il envoya un charme qui poussa Croc de Vouivre vers l’écuyère.

– Savina ! hurla-t-il. Oublie notre promesse ! Prends Croc de Vouivre, prends l’épée !

S’en emparant, la jeune fille ne manqua pas de réagir avec rapidité. Concentrant sa colère sur l’arme, elle la fit s’étinceler d’une vive lumière de couleur émeraude. Les Ulurs, consternés par cet affront, se jetèrent sur elle.
Depuis qu’il l’avait recueilli, jamais Arthom n’avait soupçonné l’existence d’une telle force dans le cœur de son écuyère. Ce n’était que quand, avec une combativité extraordinaire, elle s’était débarrassée de ces trois Ulurs, que la vérité lui était apparu. Il n’était pas le seul guerrier du duo.
Ses blessures lui faisaient un mal de chien. Couché contre un tronc d’arbre, il crachait du sang et avait du mal à respirer. Savina, à son chevet, ne savait quoi faire. Son mentor était à l’agonie.

– Sire ! Il nous faut trouver un médecin, un guérisseur ! s’alarma-t-elle.

Arthom, conscient de son état, ne souhaita pas en dire plus sur le sujet. Sa vision commençait à devenir floue, un froid d’enfer s’était emparé de son corps.

– Va, lui dit-il. Tu as fait tes preuves, tu es une guerrière maintenant. Je ne peux plus rien t’apprendre.
– Mais maître…
– Ce sera mon dernier ordre en tant que mentor… et en tant que chevalier du Dragon d’Or.

Les choses lui étaient claires. Se relevant, essuyant d’un revers de la main ses larmes, Savina glissa Croc de Vouivre dans son fourreau. Jetant un dernier regard vers celui qui l’avait formé, pris sous son aile, elle regarda droit devant et marcha. Marcha, jusqu’à ce que le souvenir de son maître mourant ne fût plus qu’un songe. Marcha, jusqu’à sortir de cette forêt où elle avait combattu vaillamment.
Marcha, jusqu’à ce que l’étendard de la milice de la Cour Martiale lui apparut à l’horizon.
Ainsi commence la légende de Savina Aux Crocs de Vouivre, la tueuse d’Ulurs.


Alors, qu’en avez-vous pensé ? De notre côté, on a adoré !

Qui est Alexandre Sassier ?

Là que nous découvrons un de ses textes, une présentation s’impose. Alexandre Sassier est un très jeune écrivain de… un an de plus que moi. Quoi ? Il a seulement 21 ans ?! Eh bien, oui et vous savez quoi ? En plus d’avoir une sacrée plume, il a déjà une publication à son actif : Les guerres de drakayden publié en Avril dernier, par ici.

Résumé : Les parents de Kendra Follow sont assassinés sous ses yeux par le terrible Parlabolo Ticadrion alors qu’elle était encore une enfant. Recueillie par le Moine Chang, un puissant maître d’armes, elle est formée à se battre afin de pouvoir venger sa famille. Mais son entraînement a un prix : elle devra escorter un jeune garçon, porteur d’une relique ancestrale, et membre de la famille de Parlabolo.
Tiraillée entre son désir de vengeance et sa volonté de faire le bien, la jeune guerrière devra parcourir un monde au bord du conflit, pour avoir une chance d’approcher celui que l’on surnomme « l’Immortel ».

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